Un homme se parle tout seul, dans le train.
Je l'ai croisé, quelques minutes plus tôt, dans les toilettes de la gare centrale. Et il parlait aussi dans le vide, debout devant les urinoires où, à mon premier soupçon, il s'adonnait à une petite séance de masturbation. Je n'ai pas voulu confirmer ni démentir (ou dumoins en savoir davantage) sur les faits de ce qui concerne la vie sexuelle solitaire mais visiblement active d'un homme noir dans la cinquantaine alors… restons-en là.
En entrant dans le dit train où je me trouve présentement, les deux fesses (le CUL, il va sans dire) non-délicatement posées sur un siège tout de même très confortable à comparer et compte tenu du fait que j'ai fréquenté ceux du métro “non-stop” toute la journée (huit heures de suite dans les fameux wagons de la STM munies de la ventilation la plus saine qu'il soit, sous terre à Montréal, pour un tournage illégal d'un film quasi-clandestin tourné à la caméra Bolex pour un ami/fan fini d'Harry Potter), j'ai donc pris place tranquillement. Je dois avouer tout de même que j'ai probablement changé d'idée de siège à cinq reprises. Capricieux, n'est-ce pas? Trou dans le coussin du banc, siège sale, fenêtre trop malpropre, endroit situé trop loin de la porte à mon goût ou trop près pour les courants d'air… Toutes les excuses sont bonnes, d'autant plus qu'à minuit et quart le dimanche, les bourgeois (parce que les trains de banlieux sont nécessairement majoritairement occupés par ceux-ci) ne courent pas les transports en commun et le nombre de possibilités concernant les emplacements assis croît toujours de façon remarquable au fûr et à mesure que la grosse aiguille de l’horloge qui a quatre minutes d’avance s'éloigne du “6″.
C'est à ce moment précis qu'une vieille connaissance est entrée dans le wagon (le deuxième, plus précisément, celui où je me trouve la plupart du temps lorsque ce n'est pas le quatrième); l'homme à l'avant-bras droit probablement bien musclé qui se faisait la causette (un jeu de mot que je vais tenter d'oublier me viens soudainement à l'esprit) à lui-même. Vraiment étrange, l'homme. Je l'ai tout de suite reconnu, croyez-moi.
Après quelques pas à gauche. Puis à droite, revenant tout au centre du wagon, s'éloignant ensuite, bifurquant entre quatre sièges, regardant dehors la jolie noirceur du tunnel de la gare puis revenant dans l'allée centrale du train, le tout, disons-le, en parlant à haute voix. Pas de Bluetooth à l'horizon. Ça aurait pu, avouons-le, parce que ces petits machins-là font paraître la population en générale absolument cinglée (en plus de prétentieuse et distraite).
Donc, ce (non-pas-très-joli) monsieur à la tuque étrange décide de prendre place sur une banquette que l'on pourrait communément qualifier de “random”. J'assiste alors à cette intéressante discussion avec du vide et le tout, dans un langage probablement trop évolué pour la planète Terre. Son jargon ne ressemble absolument à rien sauf peut-être à un mélange de “Coeur de Pirate” qu'on fait jouer à l'envers et au bruit que l'on entend dans nos oreilles lorsque que l'on mâche des croustilles “Lays” Sel & Vinaigre.
Je me rends alors compte qu'il ne parle pas à lui-même mais à une autre personne, un individu imaginaire, une entitée transparente qui semble même lui répondre, thèse que je formule de par les silences et les visages “d'un-gars-qui-écoute” de l'homme à la conversation (possiblement) trop facile. Une réflexion me vient alors: Cet homme est-il fou? À qui parle-t-il? Si les passagers du train ainsi que moi-même (honteusement inclu dans la masse que nous pouvons appeller une société “collective”, notez bien les guillemets au mot “collective”) ne comprenons pas l'attitude de notre étrange et bavard (du mot “bavardage”) spécimen, lui a probablement compris quelque chose de plus, c'est certain. Il détient un secret quelconque et ça me fait étroitement penser à un synopsis que j'ai écrit il y a plusieurs jours/semaines/mois/années.
Réflexion faite. Nous sommes tous des idiots. Nous jugeons ce que nous ne comprenons pas. Nous sommes tellement idiots. Et probablement pas assez intelligent pour apercevoir cet être avec qui l'homme du train semble avoir une profonde conversation.
Chaque fois que je reviens d'un tournage, que ce soit mon projet ou pas, je me rends compte que vivre de ça serait probablement la plus belle chose qui pourrait m'arriver de toute ma vie, toutes catégories confondues. Et ça me motive à écrire autre chose.
Chanson présentement dans mon Lecteur (et en boucle): Don't Trust Me de 30h!3. Je n'arrête pas de l'écouter, c'est si joyeux!
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